♾️ Là où l’incarnation commence vraiment

À méditer... 💬

Bonjour à tous,

Ce que nous appelons incarnation est de ces mystères qui se dérobent dès que l’on cherche à les saisir avec l’intellect, et qui se rencontrent dès lors que l’on accepte de les vivre, ou plutôt de vivre sans filtre.

Ce qu’il y a de plus fondamental, de plus intime et aussi de plus chargé dans l’expérience humaine se joue précisément là. L’incarnation englobe notre être en intégralité : l’esprit, le corps, la trajectoire de vie, la famille, la lignée, la mémoire, le conditionnement, et tout ce qui s’est structuré en nous bien avant que nous ayons la capacité de le comprendre.

C’est précisément pour cette raison qu’elle est si souvent recouverte de récits. Des récits qui, dans le meilleur des cas, tentent d’apaiser, de donner du sens, de rendre supportable ce qui est brutal, injuste ou incompréhensible.

Mais entre donner du sens pour le mental et transformer réellement, il existe un écart immense. Un écart que beaucoup de discours spirituels, même bien intentionnés, ne traversent pas.

Les sagesses les plus profondes n’ont jamais cherché à expliquer l’incarnation pour la rendre acceptable. Elles ont toujours pointé vers une exigence beaucoup plus radicale et beaucoup plus simple à la fois : ce qui est là, dans cette forme précise, dans ce corps précis, dans cette histoire précise, est le lieu même où la conscience se reconnaît ou se fuit.

Programme :

  • 🔊 De vive voix : Pourquoi l’incarnation peut se sentir parfois étrangère à sa famille, à sa lignée? 

  • ❓ Nos échanges : Est-ce normal de ressentir des sensations intenses pendant un breathwork ?

  • 💬 Une citation de Rupert Spira pour réfléchir.

🔊 De vive voix

Pourquoi l’incarnation peut-elle se sentir parfois étrangère à sa famille, à sa lignée?

Lorsque l’on parle d’âme et d’incarnation, une définition apparaît souvent. L’âme est pensée comme une entité séparée, porteuse d’une intention éternelle, et le corps devient alors un simple véhicule, un décor provisoire, presque secondaire. Cette vision est séduisante, mais elle reste abstraite tant qu’elle ne se confronte pas à l’expérience directe.

Si l’on prend le temps d’observer ce que partagent les grandes traditions de sagesse, tout autant que les approches contemporaines de la conscience et du vivant, une compréhension commune se dessine. L’incarnation est un processus par lequel de l’information non matérielle devient vivable, transformable, intégrable à travers la matière.

Le corps est une interface d’une intelligence extrême. Il est le sanctuaire où se rencontrent les perceptions directes, les mémoires, les héritages, les charges émotionnelles, les conditionnements familiaux, individuels et collectifs. Rien de tout cela n’existe en dehors de lui.

Ce que l’on appelle karma, transgénérationnel ou inconscient ne flotte pas dans un ailleurs symbolique, mais dans un champ d’information omniprésent dans lequel nous sommes intriqués. Cela se manifeste dans les états d’être, les pensées, les stratégies de survie, les réactions automatiques, les émotions, les résistances et les élans. Toujours dans l’instant présent, toujours dans le réel.

Reconnaître qu’il existe un ordre cosmique, une intelligence divine ou une cohérence à l’œuvre dans l’univers ne signifie pas nier la violence de nombreuses expériences humaines. Cela signifie accepter ce qui est, et le grand mystère par lequel la conscience se révèle à elle-même.

Cette reconnaissance n’est pas confortable. Elle oblige à cesser de chercher des responsables extérieurs ou des justifications dogmatiques, et à se tenir face à ce qui est là, tel que c’est.

L’ego, dans ce contexte, n’est pas un ennemi à combattre, mais une lentille plus ou moins opaque à travers laquelle la réalité est filtrée. Il est fait de mécanismes anciens de survie, de conditionnements, de mémoires, de peurs, de stratégies d’adaptation, et c’est précisément le chaos qu’il génère qui peut mettre en mouvement le processus de révélation d’un ordre supérieur : l’éveil.

Il en va de même pour les lignées familiales. Ce qui se transmet de génération en génération n’est pas une fatalité, mais de l’information non intégrée. Tant qu’elle n’est pas reconnue et transmutée consciemment, elle se rejoue au fil des âges et de forme en forme. Lorsqu’un être devient capable de sentir ce qui le traverse sans s’y confondre, une possibilité nouvelle apparaît. Celle de ne plus être un simple vecteur de répétition, mais un point de transformation.

C’est ici qu’un point délicat mérite d’être regardé sans détour. Tant que l’incarnation reste un sujet de réflexion, de spiritualisation ou même de transmission, elle ne touche pas l’essentiel. Embrasser son incarnation commence réellement là où il n’est plus possible de se raconter que l’on a compris, tout en continuant à réagir de la même manière face à ses épreuves, à ses relations, à son corps fatigué ou à ses émotions récurrentes.

Là où il devient évident que ce que l’on appelle éveil n’a de valeur que s’il modifie la qualité de présence et le passage à l’action alignée dans les situations les plus ordinaires et les plus complexes. Si rien ne change dans la manière de sentir, de répondre, de se tenir face à ce qui a été hérité et à ce qui est maintenant, alors l’incarnation reste une idée élégante, mais elle n’est pas encore vécue.

L’incarnation cesse alors d’être un concept spirituel et devient un acte de responsabilité vivante. Assumer ce qui est là, laisser s’arrêter avec soi ce qui n’a plus à être transmis. Transformer ce qui peut l’être, sans chercher à réparer le passé, mais pour libérer le présent et ouvrir un espace plus conscient pour ce qui vient.

Dans le prolongement de ces mots, je vous propose d’écouter le vocal depuis cet endroit. Là où il n’est plus question de croire, mais de sentir comment la conscience, à travers ce corps et cette histoire singulière, se donne l’opportunité de se reconnaître en vous, en nous.

Bonne écoute.

❓ Nos échanges

Question : Lors d’un breathwork, j’ai vécu beaucoup de sensations intenses dans le corps, mais aussi un moment très particulier : une grande vague de plénitude accompagnée d’une sensation de chute, comme si quelque chose en moi lâchait, tout en étant contenue par une “présence rassurante”.

Je me demande ce que sont ces expériences, comment les comprendre, et comment les accueillir ?

Ce que tu partages à propos de cette séance est l’expression très claire de ce que le souffle peut ouvrir lorsqu’on le laisse réellement faire son œuvre.

Ces phénomènes corporels, chaleur, frissons, crépitements intenses, bâillements, sensations de mouvements internes, ainsi que les pleurs, les rires ou les cris, ne sont pas des effets secondaires, mais les manifestations tangibles de processus somato-émotionnels en mouvement et de libérations, liés autant au système nerveux qu’à des empreintes psycho-énergétiques parfois très anciennes.

Dans ces états d’activation et de conscience élargis, le corps devient véritablement le temple d’une intelligence implacable, une intelligence qui ne passe pas par l’analyse mais par le vécu direct, et c’est exactement ce que tu décris ici.

Lorsque tu parles de cette vague de plénitude, accompagnée d’une sensation de chute contenue par une présence bienveillante, tu décris un moment où le contrôle se relâche suffisamment pour que quelque chose de plus vaste puisse se vivre, une manière d’approcher ce que l’on nomme souvent le « lâcher-prise ». Il ne s’agit pas d’un état à chercher à reproduire ou à forcer mentalement, mais d’un passage où l’expérience se déploie naturellement, dans un abandon à l’intelligence incommensurable qui nous anime.

Dans ces moments, ce n’est pas simplement le système nerveux qui s’équilibre, c’est l’identité elle-même qui est momentanément transformée, laissant place à une expérience plus directe de l’être.

Comme nous le répétons souvent dans le dojo, il n’y a rien à forcer, rien à chercher à revivre ou à atteindre. Mais ton partage montre que tu as touché à un espace réel du souffle en tant que médecine personnelle et voie de conscience, et plus tu restes fidèle à cette pratique et à l’intelligence profonde de ton corps, plus ces états deviennent des espaces de transformation autonomes, ressentis et intégrés.

C’est là que le breathwork peut s’ancrer dans ton cheminement, en offrant des portails réguliers vers d’autres couches de conscience et d’initiation, à travers ce que tu révèles et reçois durant ces moments sacrés. Quand bien même ils sont parfois confrontants, la grâce qui en découle n’a pas de prix.

💬 Une citation pour réfléchir :

« Vous êtes l’univers, exprimé en expérience vivante. »

Rupert Spira

Cette édition prend fin ici. Puissiez-vous y trouver ce qui fait écho à votre cheminement.

Je vous donne rendez-vous mardi pour continuer de nous éveiller, ensemble,

Staiv

Un mot pour terminer

Si cette édition vous a plu et a résonné pour vous, je vous invite à me le partager ici.

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