♾️ Se désidentifier de l'ego

À méditer... 💬

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, j’aimerais vous inviter à observer un mécanisme aussi universel que subtil. Pourquoi avons-nous cette appétence quasi automatique à nous identifier à l’ego ? Pourquoi est-ce si naturel, si tenace et pour la grande majorité d’entre nous même imperceptible ?

Explorons cela ensemble.

L’ego est une construction mentale, une image de soi fabriquée au fil du temps, à partir de nos expériences, de nos mémoires, de nos blessures, de nos conditionnements. Il donne l’illusion d’un “moi” solide, durable. Une identité façonnée par le récit que l’on se fait de soi-même : je suis ceci, je ne suis pas cela, j’aime ça, je refuse ça.

Et cette illusion n’a rien de mauvaise en soi, c’est un mécanisme profondément naturel et vital. Un programme de survie biologique et psychologique, installé dès les premières années de vie. Il sert à nous protéger, à nous organiser, à interagir avec le monde.

Dès l’enfance, nous apprenons à nous définir, par le regard des autres, par les étiquettes que l’on nous colle, par les rôles qu’on nous attribue. Par les attentes sociales, familiales, culturelles.

Très tôt, une voix intérieure se met en place, celle qui dit : “Je suis ceci”, “Je ne vaux pas cela”, “Je dois être comme ça pour être aimé, accepté”. Cette voix devient le filtre à travers lequel nous percevons le monde et nous-mêmes.

L’ego devient alors le pilote automatique de notre vie, parce que c’est plus “simple”, plus rassurant, plus prévisible que de rester dans l’espace ouvert et sans limites de la conscience.

S’identifier à l’ego, c’est une stratégie de sécurité, un mode “par défaut”, le mental préfère la stabilité de ce qu’il connaît, même si cela génère de la souffrance, plutôt que l’inconnu, même porteur de liberté et d’abondance.

Le grand paradoxe, c’est que ce mécanisme qui devait à l’origine nous protéger se renforçant et se complexifiant au fil de l’évolution du cerveau et de l’humanité est devenu une prison individuelle et collective. Une cage invisible, dans laquelle on confond ce que l’on est avec ce que l’on pense être, on se réduit à une histoire, une nationalité, une image, un personnage mental.

Et cette identification se maintient parce qu’elle est renforcée en permanence. Par le discours intérieur, la comparaison, la recherche de validation, la peur. Par le besoin de contrôler, de comprendre superficiellement, de maîtriser ce qui ne peut pas l’être.

Mais alors, pourquoi est-ce si difficile de s’en détacher ?

Parce que l’ego ne veut pas être vu la plupart du temps, il opère dans l’ombre, dans nos ombres. Il est l’œil, la lentille qui refuse se voir, il prend les commandes sans jamais se nommer et nous fait croire que nous sommes cette voix qui commente, juge et se projette.

Il nous fait croire que nous sommes notre passé, nos blessures, nos peurs, nos désirs. Il nous fait croire que nous sommes un “moi” séparé du reste, un individu isolé dans un monde extérieur, que nous sommes l’(ego) centre de l’univers.

L’ego se nourrit de la séparation, c’est son essence.

Et dans un monde qui valorise l’individualisme, la performance et la division, l’ego est continuellement renforcé. Le système entier repose sur cette illusion : celle que nous devons devenir quelqu’un qui doit prouver quelque chose. Que nous devons atteindre un état, une réussite matérialiste, une reconnaissance.

La société dit : “Tu es ce que tu fais, ce que tu possèdes, ce que tu montres.” Le mental s’accroche alors à ces repères extérieurs pour se sentir exister. Et plus il s’accroche, plus il s’éloigne de la réalité de l’être, plus il se coupe de notre essence fondamentale et commune.

Mais sous cette illusion, il y a autre chose, il y a l’espace de la conscience. Cet espace qui observe silencieusement le mouvement de l’ego sans jamais s’y confondre, cet espace qui est là, d’infinis potentiels, toujours intact, toujours présent et disponible, même quand le mental s’agite.

La véritable liberté ne consiste pas à “détruire” l’ego, ce serait encore une lutte de l’ego contre lui-même. Elle consiste à le reconnaître pour ce qu’il est : un programme, un processus, une interface utile mais temporaire et aveugle. Et à réaliser que nous ne sommes pas ce programme.

Nous sommes l’espace dans lequel il apparaît, nous sommes le programmeur, l’arrière-plan fondamental, la présence consciente qui perçoit, qui ressent, qui est, qui s’expérimente elle-même.

C’est pour cela que les sagesses intemporelles ne cessent de ramener à cette question : qui suis-je, en dehors de mes pensées ? Qui suis-je, en dehors de mes rôles, de mes identités, de mes histoires ? C’est un retournement, un dépouillement, un changement de perspective radical.

D’un point de vue de l’ego, ce retournement est vécu comme une menace parce qu’il implique de lâcher le contrôle, de lâcher le besoin d’être quelqu’un, la croyance que l’on doit prouver quoi que ce soit pour être complet, pour être en sécurité.

Mais quand ce lâcher-prise se produit, même quelques instants, quelque chose s’ouvre. Le mental cesse de lutter, le corps respire plus librement et ce qui reste, c’est une paix sans raison. Une clarté sans plus aucune séparation et un espace qui n’a besoin d’aucune définition pour exister. C’est ce que l’on peut appeler l’éveil, un instant d’éveil.

Alors la question n’est plus : “Comment me débarrasser de l’ego ?” mais plutôt : “Suis-je obligé de m’y identifier perpétuellement ?” L’ego continuera d’apparaître, car c’est son rôle et il est fait partie de la structure de notre esprit, mais il n’a plus besoin de diriger notre vie, d’en être le filtre obstrué. Il devient l’interface psychique à utiliser avec sagesse pour que l’âme s’exprime, un excellent serviteur, et non plus un maître tyrannique.

Ce basculement, cet élargissement de la conscience, ce retour à la source de l’être au-delà de la vie et de la mort est le début de la véritable liberté. Une liberté qui ne dépend d’aucune circonstance extérieure, une liberté qui était là depuis toujours… simplement oubliée sous le bruit du mental.

Puissent ces mots résonner chez vous.

Je vous donne rendez-vous mardi prochain, nous aborderons la distinction subtile, mais essentielle à faire entre mentalisation et incarnation de sa mission de vie.

Avec gratitude,

Staiv

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