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♾️ Regarder au-delà des problèmes de peau.
À méditer... 💬
Cher tous,
Aujourd’hui, j’aimerais vous inviter à voir, à écouter ce que la peau tente de nous dire quand elle se fendille, s’enflamme ou se couvre d’ombres.
Car sous les rougeurs, les boutons, les squames ou les brûlures, il n’y a pas seulement une réaction biologique. Il y a un message, une mémoire, un cri du corps parfois, et parfois une simple supplication : agis différemment.
Bonne réflexion. 🙏🏻

Nous oublions trop souvent que la peau est un de nos premiers langages et notre plus grand organe.
Avant le mot, avant le regard, avant même la respiration partagée, il y a eu le contact. La chaleur d’une paume posée, l’étreinte qui apaise, la caresse qui éveille, qui inscrit dans le corps l’amour des parents pour le nouveau-né. C’est par le toucher que nous avons été reconnus. Et c’est aussi par la peau que bien des maux cherchent à se faire entendre quand les mots ont manqué.
La peau, comme les autres organes, garde la mémoire de tout et quand elle s’irrite, s’enflamme, se ferme, ce n’est pas pour nous punir, mais pour nous rappeler à nous-mêmes. Elle n’est pas une surface inerte, elle est frontière et lien à la fois, un organe sensible, vivant, intelligent, qui témoigne de ce que nous avons accepté ou refoulé.
Il ne s’agit pas ici de plaquer des explications toutes faites. Tous les problèmes de peau n’ont pas une cause unique ni purement psychologique. Mais il serait naïf de croire que cet organe si exposé, en lien direct avec notre système immunitaire et notre système nerveux, n’est pas traversé par ce que nous vivons, ressentons, taisons.
Les grandes traditions de santé, de la médecine chinoise à l’ayurvéda en passant par l’approche somatopsychique moderne, l’ont toujours compris : ce que la peau manifeste est souvent le reflet d’un déséquilibre plus profond.
Ce déséquilibre peut être physiologique, émotionnel, ou même existentiel. Car la peau, c’est le seuil du corps physique, le lieu du passage. Elle nous protège autant qu’elle nous rend vulnérables. Et c’est souvent à ce seuil que le conflit se joue. Que montrer ? Que cacher ? Jusqu’où laisser approcher ? Qui a le droit de me toucher ? À quoi ai-je dit oui alors que tout mon être voulait dire non ?
Un adolescent couvert d’acné dans le dos, à l’âge du désir et du regard, vit peut-être à travers sa peau la tension entre le besoin d’exister aux yeux du monde et la peur d’être exposé. Quelqu’un qui voit des plaques rouges surgir à chaque réunion professionnelle peut exprimer inconsciemment un conflit territorial, un décalage entre ce qu’il dit et ce qu’il ressent, une posture adoptée sans y croire. Un bébé dont la peau se fragilise dès qu’il est éloigné du corps de sa mère manifeste sans doute un besoin de sécurité. Un besoin archaïque de continuité affective que son système nerveux encore immature ne parvient pas à réguler seul.
Ce n’est pas un hasard si tant d’affections cutanées sont directement liées au stress chronique. Car l’excès de stress épuise, il dérègle la barrière cutanée, fragilise le microbiote de la peau, altère les capacités de réparation du corps. Et surtout, il rend hypersensible à tout ce qui entre en contact avec nous : les matières, les regards, les mots, les attentes, le monde extérieur tout entier.
La peau n’est pas un écran, elle est un capteur. Elle traduit la manière dont nous entrons en relation. Avec nous-mêmes d’abord, et avec le monde ensuite. Une peau qui réagit au moindre frottement peut être le miroir d’une émotion que nous n’avons pas su exprimer, d’une limite que nous n’avons pas su poser. Une peau qui se durcit, qui s’épaissit, peut être le signe d’une armure, d’une protection forgée par l’expérience, par la blessure, par un refus d’être à nouveau touché, même par soi.
Certaines personnes me disent qu’elles ont l’impression que leur peau les trahit. Qu’elle parle à leur place. Et parfois, c’est exactement ce qu’elle fait. Pas pour nuire, mais parce qu’elle est restée loyale à un besoin qui n’a pas encore pu être entendu, la peau prend en charge ce que la parole a tu. Elle rend visible ce que nous avons préféré enfouir.
Et pourtant, je le vois souvent : quand une personne recommence à habiter son corps consciemment, à écouter, à respirer, à développer la présence, à réellement prendre soin de soi avec bienveillance, avec patience, dans un contact lucide avec ce qui est, les choses évoluent. Pas toujours vite, mais en profondeur, la peau ne guérit pas à coups de volonté. Elle retrouve un équilibre quand la relation qu’on entretient avec son être devient plus harmonieuse.
Il ne s’agit pas de croire que simplement s'asseoir en lotus en silence ou se masser va tout transformer. Mais il est essentiel de comprendre que toute guérison commence par un changement de relation. Avec ce qu’on vit. Avec ce qu’on ressent. Avec le message que le corps-esprit tente d’exprimer. Il ne s’agit pas de faire taire, mais d’écouter profondément, entrer en dialogue avec le symptôme comme on parle avec un ancien compagnon de route avec qui le lien s’était rompu. Et d’écouter ce qu’il a à dire, sans jugement, sans vouloir le corriger dans la précipitation.
Alors peut-être, la peau peut redevenir ce qu’elle est au fond depuis toujours : une interface vivante, sensible, une voie d’expression du lien entre l’intérieur et l’extérieur, entre le visible et l’invisible. Et dans cet espace de réconciliation, quelque chose recommence à circuler. Pas comme avant, mais comme maintenant, avec une mémoire différente. Et avec la possibilité de porter sa peau, non plus comme un fardeau, mais comme un paysage, celui du temple de l’âme.

Je vous donne rendez-vous mardi prochain, nous aborderons ce qu’il y a d’absolument insupportable pour l’être humain quant au fait de se retrouver seul, face à ses propres pensées.
Avec gratitude,
Staiv
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